Ils ont dit…

Ossature bancale couverte d’oripeaux dont les franges boueuses déposent derrière elles un monde étrange, est-ce cela l’artiste cachée dans son œuvre?

Oh que non, certes!

C’est une grande jeune fille inscrite en un sourire jaillissant en énergie speedesque à souhait, en amplitude XXL, une belle grande fille saine comme un sommet enneigé, direct comme un vol de migrateur, une plante verdoyant en toutes saisons,certes, certes, mais comme tout être humain, cette sorcière si charmante a une particularité : en elle, un doigt, peut-être étranger à elle même, un doigt, rompant avec l’harmonie extérieure, ce doigt ne sachant peut-être pas lui-même à quel ordre supérieur il obéit, ce doigt sait trouver dans la tête de cette belle grande jeune fille, le lieu invisible où se trouve le bouton du délire .

Oui, il sait cela et en use, et pour sa joie et pour sa nécessité il presse ce bouton. Sésame ouvre toi!

Le barrage personnel s’ouvre et se déverse alors un monde qui ne se trouve que là.

Les réserves créatives de cette grande jeune fille.

En grappes de nuages, s’agglutinent des têtes aux douloureux rictus, nuages parfois transmués en une grosse goutte d’eau. Les tables sont bancales, il ne saurait en être autrement, et que de ventripotentes masses de chair autour. Le noir et le blanc s’en donnent à cœur joie. Qu’ils en profitent car bientôt la grande jeune sorcière lâchera la meute des couleurs. Pour l’instant, noires courbes du destin, noirs segments d’étranges danses de vie, ce monde abondant grouille.

Des torsades épousent des méandres. Ces êtres, on peut dire également «ses» êtres, auraient-ils voulu être serpent, chenille, long cordon qui tel une onde s’enroule autour d’elle-même et qui soudain se stabilise sur le coin d’une chaise excitée comme une puce par des tables en transes. Enchevêtrement de mirages. Auraient-ils voulu être tout cela, ces êtres, ces choses?

Ils n’ont pas leur mot à dire. Ils doivent obéir aux injonctions graphitaires de la grande jeune fille. Par elle le mouvement est domestiqué, il ne peut aller là où il veut!

Il ne s’arrête que lorsqu’elle en a envie.

Si la forme n’existait pas, le monde n’existerait pas non plus. L’abri, par la grâce de l’architecte, la fascination par la grâce du peintre, l’extravagante famille mythologique par le sculpteur, et par l’étrange jeune fille au sourire XXL, un échappatoire à l’affreux tout-venant .

Méandres, enchevêtrements, chutes, passages, précipités, significations avortées rendues ainsi encore plus significatives à notre interrogation, tout ce jamais vu pictural n’est là que pour donner toute sa valeur, toute sa force interrogative à nos yeux quand ils rencontrent dans tout ce magma d’autres yeux lovés dans de curieuses joues, surplombées par de curieux sourcils, tout cela imprimé dans d’improbables visages.Ces yeux reflètent une pensée. Laquelle? Celle de notre vie propre. Passant, c’est à tes yeux de déchiffrer ces regards.

Prends ton ticket pour le voyage dont ton imagination inscrira le parcours. Voyage qui bousculera la logique tout en la respectant.

Quant à la grande jeune fille, ne la cherche pas, elle est toujours à califourchon sur sa locomotive de nuages…

Texte de Michel Duplaix, sculpteur à la Société des Artistes Français

Article de Régis Broustet, président de l’ADAC, « ChâtillonInfos » n°268, novembre 2012

 

Article paru dans « Voces n°47 » (Lima)

 

« D’un travail lent sans doute, patient, méticuleux, naissent les dessins d’Anaïs Charras. Le crayon sur le papier a des effets de délicatesse ; ce n’est pas comme la gravure qui creuse, c’est comme un voile qui caresse. L’univers d’Anaïs Charras n’est pourtant pas mièvre ; au contraire, il nous présente ces rêveries qui s’insinuent en elle, et s’exhalent dans un silence où l’angoisse joue avec l’équilibre. Chaises empilées, escaliers pris en vortex, animaux à visages humains, échiquiers, tout semble prêt à s’écrouler ; il y a des vides, des surfaces intactes, et pourtant ces vides soutiennent étonnamment les empilements, les tourbillons, les sociétés. Ça tient, même dans les ruines, même dans la vieillesse. Des murs s’ouvrent comme des fermetures-éclairs. Des voix intérieures chantent comme par effraction. Les oiseaux aux ailes poilues surveillent, nourrissent, protègent. Et tout danse. »

Marc Verhaverbeke pour le site « Main Tenant » http://ecrireiciaussi.canalblog.com/

Bourg-la-Reine magazine, décembre 2011, n°366

«  Lorsque j’ai connu Anaïs, elle avait une dizaine d’années et ouvrait de grands yeux sur une jeune vie que déjà elle “croquait”. Quinze ans plus tard, la vision s’est acérée, la main affermie. Aujourd’hui, elle fait tourner sa clef dans la serrure de l’art. J’aime que les artistes explorent le versant ténébreux de la réalité. J’aime le travail d’Anaïs Charras, au plus près de nos secrets. Je vous envie, vous qui allez la découvrir. »

Michel Archimbaud, éditeur